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viernes, 24 de febrero de 2012

Nostaliège


La ville s'endormait, j'en oublie le nom (Jacques Brel)

La ville s’endormait et j’en sais le nom :
Celle au ciel qui sent la bière,
Crasseuse et brûlante,
D’une grâce décadente.
Fus-tu belle un jour ?
Impératrice déchue,
Mon Alma Mater déçue,
Aux avenues pluvieuses et maquillées
Tu brandis à tous vents
Ton surnom ardent

La ville s’endormait et j’en sais le nom :
Fondée sur le sang d’un évêque
Principauté principale,
Jadis reine du métal
Tes demeures de maîtres sont
A la mesure de ta morosité
Et à la hauteur de tes songes d’antan.

La ville s’endormait et j’en sais le nom :
Vile mystère que ce bourg populaire
Jamais à l’unisson
Du reste du plat royaume
Auquel, malgré lui, il appartient.

La ville s’endormait et j’en sais le nom :
Cité aux constants contrastes
Que je ne peux admirer qu’en biais
Que je ne peux visiter sans larmes,
Toi, ton perron et tes piètres vieilles pierres.

La ville s’endormait et j’en sais le nom :
Ce nom qui rappelle des gants de neige
Quand d’aventure son gris se transforme en blanc.

Liège en décembre




Liège est son propre piège
Ardente cité qui gémit le blême
Et l’écarlate,
De la lâcheté qui éclate.

Liège et son violent siège,
En un bref et effrayant instant
Sa place devenue vermeille,
Le doute en maître régnant.

Liège pleut, maussade
Liège pleure, déchirée
Liège neige, parfois
Liège veut toujours continuer,
Liège peut encore s’embraser

Grise cité que le massacre a laissée
Profondément en deuil,
Rouge et écartelée,
Sur ses charbons ardents.

Isabelle Toussaint
Photo: Isabelle Toussaint